Retraite complémentaire AGIRC-ARRCO en 2026 : comment fonctionne le système à points
La retraite en France repose sur plusieurs piliers. Le premier, géré par la Sécurité sociale, couvre le régime de base. Le second est la retraite complémentaire obligatoire, réservée aux salariés du secteur privé. Depuis le 1er janvier 2019, ce pilier est administré par une entité unique : l’AGIRC-ARRCO, née de la fusion de l’ARRCO (Association pour le Régime de Retraite Complémentaire des salariés) et de l’AGIRC (Association Générale des Institutions de Retraite des Cadres).
Avant cette fusion, les cadres relevaient de l’AGIRC et les non-cadres de l’ARRCO. L’unification a simplifié le système tout en conservant sa logique fondamentale : un régime par répartition à points. Concrètement, chaque euro cotisé pendant votre vie active se convertit en points, qui sont ensuite transformés en pension au moment du départ à la retraite.
Comprendre ce mécanisme est essentiel pour anticiper le montant de votre pension complémentaire, évaluer l’impact d’un départ anticipé ou différé, et identifier les leviers disponibles pour optimiser vos droits. Cet article détaille le fonctionnement du système à points, les valeurs officielles applicables en 2026, les taux de cotisation, le dispositif de malus/bonus, ainsi que les stratégies de complément via un Plan d’Épargne Retraite.
Comment fonctionne le système à points
Le régime AGIRC-ARRCO est un système par répartition à points. À la différence d’un régime en annuités (comme le régime de base), vous n’accumulez pas des trimestres mais des points de retraite.
Le principe est le suivant :
- Chaque mois, vous et votre employeur versez des cotisations à l’AGIRC-ARRCO.
- Ces cotisations sont divisées par la valeur d’acquisition du point (aussi appelée « prix d’achat » du point) pour déterminer le nombre de points acquis.
- Au moment de la liquidation de vos droits, le total de vos points est multiplié par la valeur de service du point pour calculer votre pension mensuelle.
La formule est donc :
Nombre de points acquis = Cotisations versées ÷ Valeur d’acquisition du point
Et pour la pension :
Pension mensuelle = Nombre de points × Valeur de service du point ÷ 12
Le système à points présente un avantage de transparence : chaque salarié peut suivre l’évolution de son capital points via son espace personnel sur agirc-arrco.fr. Il est également possible de consulter son relevé de carrière sur le site info-retraite.fr, géré par le Groupement d’Intérêt Public Union Retraite.
Les points sont acquis tout au long de la carrière, y compris lors de certaines périodes non travaillées comme le chômage indemnisé, le congé maternité ou la maladie, dans des conditions encadrées par la réglementation.
Valeur du point AGIRC-ARRCO en 2026
Deux valeurs gouvernent le système à points : la valeur d’acquisition et la valeur de service. Ces paramètres sont révisés chaque année par les partenaires sociaux, conformément à l’accord national interprofessionnel (ANI) encadrant le régime.
Valeur d’acquisition du point
La valeur d’acquisition représente le coût d’un point de retraite. Pour 2026, cette valeur est fixée à 17,7138 € par point (valeur issue des paramètres 2025/2026 publiés par l’AGIRC-ARRCO). En d’autres termes, il faut cotiser 17,7138 € (part salariale + part patronale combinées selon les taux contractuels) pour acquérir un point de retraite.
Valeur de service du point
La valeur de service est le montant versé pour chaque point lors du calcul de la pension. Elle est fixée à 1,4159 € par point pour 2026. C’est cette valeur qui détermine directement le montant de votre pension complémentaire.
Ces deux valeurs sont indexées selon des règles définies par accord entre partenaires sociaux, en tenant compte notamment de l’évolution des salaires. Les valeurs officielles sont publiées sur agirc-arrco.fr et relayées par economie.gouv.fr.
| Paramètre | Valeur 2026 |
|---|---|
| Valeur d’acquisition du point | 17,7138 € |
| Valeur de service du point | 1,4159 € |
Taux de cotisation AGIRC-ARRCO en 2026
Les cotisations AGIRC-ARRCO sont assises sur le salaire brut et se décomposent en deux tranches, déterminées par rapport au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS).
Tranche 1 : jusqu’au plafond de la Sécurité sociale
La tranche 1 s’applique à la partie du salaire comprise entre 0 et 1 PASS (soit 47 100 € en 2026). Le taux global de cotisation est de 7,87 %, réparti comme suit :
- Part salariale : 3,93 %
- Part patronale : 3,94 %
Tranche 2 : entre 1 et 8 fois le plafond
La tranche 2 concerne la partie du salaire comprise entre 1 PASS et 8 PASS. Le taux global est de 21,59 %, réparti ainsi :
- Part salariale : 10,18 %
- Part patronale : 11,41 %
Ces taux sont dits « contractuels » car ils résultent de l’accord collectif national signé entre les organisations patronales et syndicales représentatives. Un coefficient d’appel de 127 % s’applique sur les cotisations contractuelles : les sommes réellement collectées sont supérieures, mais la partie excédentaire ne génère pas de points supplémentaires. Ce mécanisme constitue une réserve financière pour assurer la pérennité du régime, conformément aux dispositions fixées par legifrance.gouv.fr.
| Tranche | Assiette | Taux global | Part salarié | Part employeur |
|---|---|---|---|---|
| Tranche 1 | 0 à 1 PASS | 7,87 % | 3,93 % | 3,94 % |
| Tranche 2 | 1 à 8 PASS | 21,59 % | 10,18 % | 11,41 % |
Le malus et le bonus AGIRC-ARRCO
Depuis 2019, le régime AGIRC-ARRCO applique un dispositif de coefficient d’abattement temporaire (couramment appelé « malus ») et un dispositif symétrique de majoration (« bonus »). Ce mécanisme vise à inciter les assurés à prolonger leur activité au-delà de l’âge légal de départ à la retraite.
Le malus : coefficient d’abattement de 10 %
Si vous partez à la retraite dès que vous avez atteint l’âge légal de départ (entre 62 et 64 ans selon votre génération, conformément à la réforme de 2023) et que vous remplissez les conditions du taux plein au régime de base, un abattement de 10 % s’applique pendant les 3 premières années de versement si vous n’avez pas attendu un an de plus que l’âge auquel vous avez obtenu votre taux plein.
Certains assurés sont exonérés de ce malus, notamment :
- Les assurés qui ont atteint l’âge légal augmenté d’un an.
- Les bénéficiaires d’une retraite anticipée pour carrière longue ou handicap.
- Les assurés ayant atteint l’âge d’annulation de la décote (67 ans).
- Les bénéficiaires du minimum contributif.
Le bonus : majoration temporaire
Si vous décidez de retarder votre départ d’un an après avoir rempli les conditions du taux plein au régime de base, vous bénéficiez d’une majoration de 10 % sur votre pension AGIRC-ARRCO pendant un an. Deux ans d’attente supplémentaires = majoration de 20 %, trois ans = 30 %.
Comment calculer sa retraite complémentaire AGIRC-ARRCO
La formule est directe :
Pension annuelle = Nombre total de points × 1,4159 €
Pension mensuelle = (Nombre de points × 1,4159) ÷ 12
Exemple concret
Un salarié ayant accumulé 80 000 points sur l’ensemble de sa carrière :
- Pension annuelle brute : 80 000 × 1,4159 = 113 272 €
- Pension mensuelle brute : 113 272 ÷ 12 = 9 439,33 €
Cet exemple correspond à un haut niveau de cotisation sur une longue carrière. Pour un salarié ayant cotisé sur un salaire médian pendant 40 ans, le capital de points sera significativement plus faible. Un simulateur est disponible sur agirc-arrco.fr. Pour optimiser la fiscalité de votre épargne retraite, une analyse globale de vos revenus est recommandée.
Rachat de trimestres et impact sur l’AGIRC-ARRCO
Le rachat de trimestres permet d’acquérir des trimestres manquants pour le régime de base, afin d’atteindre plus tôt le taux plein. Ce dispositif est encadré par l’article L. 351-14-1 du Code de la Sécurité sociale.
Il est important de comprendre que le rachat de trimestres n’impacte pas directement le capital de points AGIRC-ARRCO. Les points complémentaires sont exclusivement générés par les cotisations versées sur les salaires. Le rachat agit uniquement sur le régime de base.
L’intérêt indirect reste réel : atteindre le taux plein au régime de base plus tôt peut permettre d’éviter le malus d’abattement temporaire de 10 %. Il faut donc raisonner sur l’ensemble des régimes de manière coordonnée.
Compléter sa retraite avec un PER
Le régime AGIRC-ARRCO ne suffira pas nécessairement à maintenir votre niveau de vie à la retraite. Le taux de remplacement moyen avoisine 50 à 70 % selon les profils.
Pour compléter ce dispositif, le Plan d’Épargne Retraite (PER) constitue l’outil privilégié depuis la loi PACTE en 2019. Il permet de constituer une épargne volontaire déductible du revenu imposable, récupérable à la retraite sous forme de rente viagère ou de capital.
Si vous avez déjà ouvert un PER et souhaitez en optimiser la liquidation, notre guide sur les modalités pour débloquer votre capital PER détaille les conditions et les implications fiscales de chaque option de sortie.
Questions fréquentes
À quel âge puis-je liquider ma retraite complémentaire AGIRC-ARRCO ?
Vous pouvez liquider votre retraite complémentaire dès que vous partez à la retraite au régime de base. L’âge légal dépend de votre année de naissance (entre 62 et 64 ans selon la réforme de 2023). Pour éviter le malus de 10 %, il est conseillé de différer la liquidation d’un an après l’obtention du taux plein au régime de base, sauf si vous êtes exonéré de ce coefficient.
Comment connaître le nombre de points AGIRC-ARRCO que j’ai accumulés ?
Vous pouvez consulter votre capital de points sur votre espace personnel du site agirc-arrco.fr. Le relevé de carrière est également accessible sur info-retraite.fr, qui agrège les données de l’ensemble des régimes de retraite auxquels vous avez cotisé.
Le malus AGIRC-ARRCO s’applique-t-il si je pars en retraite anticipée pour carrière longue ?
Non. Les assurés bénéficiant d’un départ anticipé pour carrière longue sont exonérés du coefficient d’abattement temporaire. De même, les assurés partant pour inaptitude, handicap ou au titre de l’amiante ne sont pas soumis au malus.
Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation financière ou juridique. Les chiffres présentés sont issus des sources officielles disponibles au moment de la rédaction et peuvent évoluer. Pour toute décision relative à votre retraite, consultez votre caisse de retraite complémentaire, un conseiller en gestion de patrimoine certifié ou un expert-comptable.
Édouard Marchand écrit sur l’épargne, les placements et la fiscalité du patrimoine en France. Passionné de finances personnelles depuis plus de dix ans, il décortique les produits d’épargne (Livret A, LEP, LDDS, PEL, assurance-vie, PER), les obligations souveraines (OAT, OATi) et la fiscalité des placements pour les rendre accessibles aux épargnants. Sa ligne : des analyses factuelles, chiffrées et systématiquement adossées aux sources officielles (AMF, Banque de France, Agence France Trésor, service-public.fr, impots.gouv.fr). Aucun contenu n’est un conseil en investissement personnalisé ; chaque article renvoie aux sources publiques permettant au lecteur de vérifier et de décider.
