Fiscalité de l'épargne

Rachat assurance-vie 2026 : fiscalité, calcul et quand racheter

7 min de lecture Par Edouard Marchand

Qu’est-ce qu’un rachat en assurance-vie ?

En assurance-vie, « racheter » son contrat signifie effectuer un retrait, partiel ou total. Contrairement à ce que le terme pourrait laisser entendre, il n’y a pas de rachat au sens commercial : c’est simplement le terme technique utilisé pour désigner le retrait de fonds depuis votre contrat d’assurance-vie. Vous pouvez racheter à tout moment, sans justification, depuis le premier jour de votre contrat.

Point crucial : seule la part des gains (intérêts et plus-values) est imposable lors d’un rachat. Le capital initial que vous avez versé n’est jamais imposé, puisqu’il provient de vos revenus déjà imposés. La fiscalité ne porte que sur les gains générés par le contrat.

Comment calculer la quote-part imposable d’un rachat partiel

Lors d’un rachat partiel, vous ne retirez pas uniquement des gains ou uniquement du capital : vous retirez une quote-part proportionnelle des deux. La formule de calcul de la part imposable est la suivante :

Quote-part imposable = Montant racheté x (Gains totaux du contrat / Valeur totale du contrat)

Exemple concret (que nous détaillerons plus bas) : votre contrat vaut 65 000 EUR, vous avez versé 50 000 EUR, vos gains non encore imposés sont de 15 000 EUR. Vous rachetez 10 000 EUR. La quote-part imposable = 10 000 x (15 000 / 65 000) = 2 308 EUR. Seule cette somme de 2 308 EUR est soumise à la fiscalité.

Fiscalité selon l’ancienneté du contrat

La fiscalité des rachats d’assurance-vie dépend principalement de l’ancienneté de votre contrat au moment du rachat. Le seuil de 8 ans est le plus déterminant.

Avant 8 ans d’ancienneté

Pour les contrats de moins de 8 ans, deux options fiscales s’offrent à vous sur les gains imposables :

  • PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % : composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux. C’est l’option par défaut.
  • Barème progressif de l’IR : vous pouvez opter pour l’intégration des gains dans votre revenu imposable, soumis au barème de l’IR + 17,2 % PS. Cette option est avantageuse si votre TMI est inférieure à 11 %.

Pour les contrats souscrits avant le 27 septembre 2017 (ancienne fiscalité), des taux différents peuvent s’appliquer selon la date des versements. Après le 27 septembre 2017, le régime PFU est la référence.

Après 8 ans d’ancienneté : le régime de faveur

Après 8 ans, la fiscalité de l’assurance-vie devient très avantageuse :

  • Abattement annuel : 4 600 EUR de gains exonérés par an pour un célibataire ; 9 200 EUR pour un couple marié ou pacsé imposé en commun
  • Au-delà de l’abattement, PFU de 7,5 % d’impôt (+ 17,2 % PS) si l’ensemble de vos encours en assurance-vie est inférieur à 150 000 EUR
  • Au-delà de 150 000 EUR d’encours total en assurance-vie, le taux passe à 12,8 % (+ 17,2 % PS) sur la fraction des gains excédant le plafond
AnciennetéAbattementTaux IR sur gainsPSTaux global effectif
Moins de 8 ansAucun12,8 % (PFU)17,2 %30 %
8 ans et plus (encours < 150k EUR)4 600 / 9 200 EUR7,5 %17,2 %24,7 %
8 ans et plus (encours > 150k EUR)4 600 / 9 200 EUR12,8 %17,2 %30 %

PFU vs barème progressif de l’IR : quand opter pour l’un ou l’autre ?

Vous pouvez, lors de chaque rachat, opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu plutôt que le PFU. Cette option est globale pour l’année fiscale : elle s’applique à tous vos revenus de capitaux mobiliers de l’année (dividendes, intérêts, etc.), pas seulement à votre assurance-vie.

  • Opter pour le barème IR est avantageux si : votre TMI est de 0 % ou 11 %, ou si vous avez des déficits de capitaux mobiliers à imputer.
  • Le PFU est préférable si : votre TMI est de 30 % ou plus. Pour un contrat de moins de 8 ans, le PFU à 12,8 % est bien inférieur à un TMI de 30 %.

Pour les abattements assurance-vie après 8 ans, consultez notre article dédié aux abattements fiscaux de l’assurance-vie après 8 ans.

Rachat total vs rachat partiel

La distinction rachat total / rachat partiel a des implications fiscales et successorales importantes :

  • Rachat total : le contrat est clôturé. Tous les gains sont imposés en une seule fois. L’abattement de 4 600 EUR s’applique sur la totalité des gains, ce qui peut être intéressant si les gains sont inférieurs à ce montant. Mais la « mémoire fiscale » du contrat (son ancienneté) est perdue.
  • Rachat partiel : le contrat reste ouvert, l’ancienneté est préservée, seule la quote-part proportionnelle des gains est imposée. La fraction non retirée continue de produire des intérêts. C’est généralement la stratégie préférable.
  • Pour la succession : un contrat avec une valeur de rachat importante (peu ou pas racheté) transmet davantage aux bénéficiaires avec les avantages fiscaux spécifiques (abattement 152 500 EUR par bénéficiaire avant 70 ans). Un rachat total détruit cet avantage successoral.

Cas pratique : calcul complet d’un rachat après 10 ans

Voici un exemple détaillé pour illustrer le calcul :

  • Contrat ouvert il y a 10 ans (ancienneté supérieure à 8 ans)
  • Capital total versé (primes) : 50 000 EUR
  • Valeur actuelle du contrat : 65 000 EUR
  • Gains non encore imposés : 15 000 EUR (= 65 000 – 50 000)
  • Montant du rachat partiel : 10 000 EUR
  • Encours total en assurance-vie : 65 000 EUR (inférieur à 150 000 EUR)

Calcul de la quote-part imposable :

Quote-part imposable = 10 000 x (15 000 / 65 000) = 2 308 EUR

Application de l’abattement :

Si vous n’avez pas encore utilisé votre abattement annuel de 4 600 EUR cette année, les 2 308 EUR de gains sont intégralement couverts par l’abattement. Vous ne payez rien sur ce rachat.

En revanche, si vous avez déjà utilisé 4 000 EUR d’abattement cette année (sur d’autres rachats ou contrats), il vous reste 600 EUR d’abattement. Les gains imposables seraient donc = 2 308 – 600 = 1 708 EUR, soumis à 7,5 % + 17,2 % PS = 24,7 %, soit une imposition de 422 EUR environ.

Pour en savoir plus sur la déclaration aux impôts, consultez notre article faut-il déclarer l’assurance-vie aux impôts ?

Quand éviter de racheter son assurance-vie

Certaines situations rendent le rachat particulièrement coûteux ou contre-productif :

  • Avant 8 ans avec une TMI élevée : le PFU de 30 % (12,8 % + 17,2 % PS) est moins avantageux qu’après 8 ans. Si vous pouvez attendre, l’abattement et le taux réduit post-8 ans valent la patience.
  • En cas d’imminence de décès : si le contrat doit bientôt être transmis à des bénéficiaires, un rachat préalable est fiscalement destructeur. Laissez la clause bénéficiaire jouer son rôle et bénéficier des abattements successoraux spécifiques (152 500 EUR par bénéficiaire).
  • En cas de marché baissier sur les UC : si vos unités de compte ont perdu de la valeur, un rachat partiel « cristallise » les pertes. Sauf urgence, il vaut mieux attendre une reprise des marchés.
  • Pour du court terme : si vous avez besoin de liquidités sur moins d’un an, un compte épargne rémunéré peut être plus adapté qu’un rachat d’assurance-vie (délai de 2 à 5 jours ouvrables pour recevoir les fonds).

Pour aller plus loin

Retrouvez toutes les informations sur la gestion de votre contrat dans notre guide complet de l’assurance-vie et notre guide de la fiscalité des placements.

FAQ : rachat assurance-vie

Les rachats d’assurance-vie sont-ils à déclarer aux impôts ?

Oui, si des gains ont été dégagés lors du rachat. L’assureur vous adresse un IFU (Imprimé Fiscal Unique) chaque année qui récapitule les opérations imposables. Avec le PFU, le prélèvement est effectué à la source par l’assureur. Vous pouvez ensuite choisir l’option pour le barème IR au moment de votre déclaration annuelle de revenus.

Peut-on racheter une assurance-vie en cas d’urgence financière avant 8 ans ?

Oui, il n’y a aucune restriction légale au rachat avant 8 ans. La seule conséquence est fiscale : le taux applicable est le PFU de 30 % (ou le barème IR si plus avantageux). Certains cas ouvrent droit à une exonération totale : licenciement, cessation d’activité non salariée, invalidité, décès du conjoint.

Le rachat est-il soumis aux prélèvements sociaux ?

Oui, les gains réalisés lors d’un rachat sont toujours soumis aux prélèvements sociaux (17,2 % en 2026), quelle que soit l’ancienneté du contrat et quel que soit le taux d’IR applicable. Pour les fonds euros, les PS sont prélevés chaque année sur les intérêts produits (prélèvement annuel à la source). Pour les UC, les PS ne s’appliquent qu’en cas de rachat ou de décès.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Les règles fiscales des rachats d’assurance-vie peuvent évoluer et dépendent de votre situation personnelle (date d’ouverture du contrat, montant total de vos encours, TMI, options fiscales choisies). Consultez un conseiller en gestion de patrimoine agréé avant toute décision de rachat.

EP

Rédaction Emprunt Patriotique